Bonjour,

Exceptionnellement, pas d'illustration aujourd'hui.

Je restranscris ici un message que j'ai écrit ce matin sur Facebook. La polémique suite à la tribune des femmes sur le Journal le Monde me navre. Voici donc ma petite contribution pour calmer le jeu et surtout ne pas se tromper d'adversaire.

"J'ai beaucoup hésité avant de prendre la plume ce matin sur la polémique concernant le témoignage des femmes sur l'attitude de certains hommes. Toutes les femmes sont de ma tribu et je suis désolée de voir qu'on veut nous séparer en deux camps. J'aurais tendance à leu dire : "attention, mes sœurs, mes amies, mes semblables. Attention à celles et à ceux qui tentent de nous dresser les unes contre les autres". Au fond, nous ne sommes pas si différentes, guerrières ou soumises ; concernées ou indifférentes ; célibataire ou en couple, nous voulons toutes vivre notre vie tranquillement. J'ai 58 ans et avant l'âge de 14 ans, j'ai eu droit à des sifflements, des propos déplacés, des coups de klaxon et même à un pappy qui a voulu que je vienne dans son garage pour lui donner un petit baiser contre un paquet de chewing-gum, innocente que j'étais à l'époque, je ne l'ai évidemment pas fait et je ne sais pas ce qui ce serait passé si j'avais accepté. Je pense que cela ne m'a pas traumatisé, mais cet épisode m'a marquée et il est encore présent en moi 45 ans après l'événement. Ce qui me reste est un sentiment diffus de saleté, de quelque chose de pas normal et une interrogation floue "qu'est-ce que j'ai pu faire pour vivre ces situations ?".
Pour ma part, j'estime qu'il est normal qu'une partie de femmes se révoltent et prennent un étendard pour défendre la gent féminine. Alors bien sûr, il y a celles qui ont vécu les frôlements, les remarques salaces et qui ont tout balayé d'un revers de mental. Il y a celles qui aiment la courtoisie, style moi homme fort protéger faible créature que toi tu es. Il y a celles qui aiment les machos... Mais il y a celles qui ont été agressées, celles qui subissent des violences physiques et morales chaque jour et au milieu de ces deux extrêmes, il y a celles qui d'un côté ne voient pas pourquoi accorder tant d'importance à "balancer son porc" et qui trouvent extrême de mettre tous les hommes dans le même panier et celles qui veulent que les femmes ne soient plus embêtées du tout, pour la simple raison qu'elles sont des seins et pas de pénis. C'est que, vous voyez chères sœurs, nous sommes tellement différentes toutes et c'est cela qui fait notre richesse. Alors, évitons de nous laisser monter les unes contre les autres et surtout, ne nous trompons pas de cause. Ce ne sont pas d'autres femmes notre adversaire.
Notre ennemi est le patriarcat, notre ennemi est cette société qui ne veut pas que les femmes prennent leur place, nos ennemis sont tous ces hommes qui veulent salir et rabaisser les femmes parce qu'ils en ont peur au fond. Parce qu'ils savent qu'une femme vaut un homme et qu'alors que nous pourrions apporter chacun à l'autre la richesse de ce que nous sommes et de ce qu'il n'est pas, une complémentarité qui fait que tous les deux les deux faces d'une même pièce et qu'un homme et une femme qui collaborent ensemble sont comme une entité complète et qu'en ayant refusé aux femmes qu'elles prennent leur place dans la Société, ils craignent ce qui arrive : les femmes revendiquent leur place et il n'est pas question de collaboration. Alors, cet événement met en place le pendule de Foucault : le balancier est parti très loin du côté des hommes qui se croyaient tout permis et il est reparti dans un mouvement ample du côté des femmes qui ne veulent plus rien pardonner. Je peux le comprendre et l'admettre. Cependant, sans proclamer que tous les hommes sont des salauds, y compris mon père, mon mari, mes amis....Je ne veux pas non plus exempter les gestes, propos déplacés. Lorsqu'on me fait un compliment sur l'une de mes tenues ou sur le fait que je sois toujours souriante, je ne le prends pas pour une agression et il m'arrive de dire à un collègue ou un ami que j'aime bien sa chemise ou son pull sans me faire taxer d’obsédée. Pour autant, je n'admets pas que quelqu'un demande le 06 de l'une de mes filles et partent en l'injuriant quand elle ne veut pas me le donner. Je n'admets pas non plus qu'un homme se frotte à moi dans les transports ou les magasins, même s'il n'y a pas mort d'homme, parce que je ne suis pas une chose à sa disposition...
Désolée si ce matin je suis très longue, mais cette polémique me navre. En tant que femme, il me semble que nous avons autre chose qu'à nous écharper et j'aurais tendance à dire : regardons de plus près qui a intérêt à ce que nous nous déchirions entre femmes. Les projecteurs braqués sur nous, ne sont plus braqués là où ils font mal à la gent masculine qui ne se brille pas par le respect à l'autre."

A bientôt ?

La Rêveuse