Sad-Child

Bonjour,

 

12ème conte...

 

La petite fille portait le lourd plateau avec la tasse, le pain, le beurre et les confitures. Elle ne voyait pas bien où elle marchait et avançait lentement.

"Maman, voici ton petit déjeuner"

"hummmmm", un borborygme sortit des couvertures.

"Je le mets sur la table à côté de ton lit"

La petite fille posa le plateau, puis sortit de la chambre. Quelques minutes après, alors qu'elle venait de finir d'installer son petit déjeuner, une voix retentit de la chambre

"Mélodie, pourquoi est-ce qu'il n'y a pas la confiture d'oranges amères ?"

"Je te l'apporte maman"

Mélodie, alla chercher le pot de confiture et une cuillère et l'amena dans la chambre. Assise dans le lit, sa mère, hirsute avait le visage des mauvais jours. Des bouteilles d'alcool vides gisaient autour d'elle sur son lit et par terre.

"Tu es mauvaise Mélodie, tu ne m'apportes jamais ce que j'aime. Moi qui t'ai porté si longtemps dans mon ventre et qui t'ai élevée à la sueur de mon front"

Mélodie soupira. Sa mère lui disait la même chose tous les jours. Mais ce que l'enfant ne savait pas est que ces paroles faisaient leur chemin petit à petit dans sa tête et dans sa vie et elle en était venue à être d'accord avec sa mère sur le fait qu'elle était mauvaise. Elle essayait bien de faire son maximum, mais elle n'arrivait pas à rendre sa mère heureuse, malgré toutes les intentions qu'elle avait. Elle ne prit même pas la peine de répondre à sa mère.

Elle sortit, avala son petit déjeuner à toute vitesse, enfila son manteau, prit son cartable et partit pour l'école.  En chemin, elle vit une petite fille qu'elle ne connaissait pas, mais qui semblait l'attendre.

"Bonjour, je te vois passer tous les matins et aujourd'hui j'ai décidé de t'attendre"

"Bonjour" répondit Mélodie.

La fillette emboîta le pas à Mélodie et elle parlèrent de tout, des oiseaux qui passaient chaque matin au-dessus des deux fillettes semblant aller à l'école aussi. Aux levers de soleil somptueux et aux couleurs que des anges devaient peindre chaque matin pour rendre ces levers de soleil plus beaux les uns que les autres. Aux araignées qui, patiemment, tissaient leurs toiles sur lesquelles les gouttes de rosées faisaient comme un collier scintillant.

Ces rencontres étaient devenues tellement importantes pour Mélodie, qu'elle s'occupait toujours de sa mère, mais que ce que cette dernière pouvait dire ou faire n'avait plus autant d'importance pour Mélodie, car elle avait hâte d'aller voir sa nouvelle amie.

Un jour, cette amie lui dit :

 "Mélodie, ce que je vais te dire va te sembler étrange. Je suis l'âme de ta mère enfant et je suis venue à toi pour que tu vois comment ta mère était enfant. Quelqu'un comme toi, avec ses rêves, ses rires, ses espoirs. Elle n'a pas toujours été  comme elle est aujourd'hui. Au fond d'elle, je sais qu'elle t'aime et qu'elle souffre de te faire du mal, mais c'est plus fort qu'elle. Je sais que la vie a été injuste avec toi, mais tu dois l'aider à se sortir de ses problèmes"

Et l'enfant expliqua à Mélodie comment elle pouvait faire. Les personnes à contacter pour aider sa mère

"et surtout, souviens-toi que lorsque tu regardes ta mère, l'enfant que je suis est toujours en elle, parle-moi à travers elle".

Mélodie était infiniment triste car elle savait que si son amie lui parlait ainsi, c'était qu'elles ne se verraient plus. Elles s'étreignirent longuement, s'embrassèrent et se séparèrent.

Mais ce jour-là, Mélodie prit la résolution d'aider sa mère, même contre sa volonté. Lorsqu'elle rentra à la maison ce soir-là, elle parla longuement avec sa mère, parla à son amie à l'enfant que sa mère avait été. Elle lui donna des adresses à aller voir pour se sortir de ce problème de boissons. Ce ne fût pas facile tous les jours, il y eut des rechutes, mais Mélodie tint bon et sa mère aussi. Les rapports s'étaient inversés, l'enfant devient l'adulte et l'adulte redevint l'enfant.

Et puis, un jour, Mélodie se leva et lorsqu'elle entra dans la cuisine, le petit déjeuner était prêt, sa mère était levée, habillée, sobre et souriante et l'attendait pour déjeuner ensemble.

A partir de ce jour-là, les deux femmes partagèrent plus qu'un espace, qu'un appartement, qu'une vie, elles partagèrent la victoire d'une longue lutte et de la renaissance d'une femme avec l'aide de sa fille et de l'enfant qu'elle était.

 

A demain

Marylo