lutin

 

Bonjour,

10ème conte-histoire de ce mois de janvier.

 

"Le lutin

Il était sur le bord du trottoir et avançait le long de la route, le pouce levé.

"Pssst"

Il se retourna, mais il n'y avait personne, il continua sa route,

"Pssst"

Il s'arrêta net, agaçé par ce bruit qu'il entendait.

"Pssst, plus bas, dans l'herbe"

Il baissa le regard et vit un ... lutin ? Il ne savait pas ce qu'il voyait d'ailleurs. En fait, il voyait un petit être, pas plus haut que 50 cm, avec un visage tout pointu et un sourire espiègle, des yeux exagérément en amande, des cheveux hirsutes. Il semblait habiller comme un très petit enfant du 19 ème, avec une redingote verte, un pantalon et des bretelles sur une chemise blanche immaculée et toute soyeuse.

"Bonjour Humain, comment t'appelles-tu ?"

"Mais... Mais... vous n'existez pas"

"Si tu veux, dit le lutin en riant franchement à gorge déployée. On va dire que tu as trop bu et que tu es en plein delirium tremens. Saf qu'en guise d'éléphant rose, tu vois un lutin. Alors, comme t'appelles-tu ?"

"Arnold"

"OK, Arnold, tu vois, nous n'apparaissons que rarement aux humains. Mais aujourd'hui, j'ai une mission à remplir. Il faut que j'aide un humain. Mais je ne sais pas qui et comment, alors je me suis dit que je pourrais faire un bout de chemin avec toi, histoire que tu m'expliques un peu ce que vous êtes et ce que vous voulez dans la vie"

"Rien que ça."

"Oui, tu me briefes et après, hop-là je disparais et je te fiche la paix et toi tu as une super histoire à raconter à tes enfants"

"Quels enfants ? ricana Arnold"

"Ouh là, sujet sensible Arnie ?"

"Je m'appelle Arnold et pas Arnie"

L'homme avait recommencé à marcher et le lutin, éclatant de rire, il était d'un naturel joyeux, comme tous les lutins, lui emboîta le pas.

"Alors ? De quoi rêvez-vous les humains ?"

"Et vous" rétorqua Arnold

"Oh, à plein de choses : la rosée du matin dans la corolle d'une fleur pour se laver et boire ; un arc-en-ciel pour danser dans la couleur ; un rayon de soleil pour le mettre dans nos cheveux, un beau champignon pour pouvoir dormir dessous..."

"et tous les lutins rêvent des mêmes choses ?"

"En gros oui, parce que nous rêvons de ce qui nous rend heureux et ce qui rend heureux un lutin, rend heureux tous les lutins"

"Eh bien pour les hommes, c'est différent. Certains rêvent de gloire, de pouvoir, d'argent. D'autres rêvent de tranquillité, de calme, de sérénité. D'autres enfin rêvent de l'amour, d'une famille, d'enfants". La voix de l'homme se brisa légèrement sur les derniers mots. Le lutin haussa un sourcil, mais ne dit rien.

"Enfin, des choses très différentes, cela ne va pas beaucoup t'aider"

"Et toi ? Tu rêves de quoi ?"

Arnold regarda le lutin et décida de se payer sa tête "un demi de bière, un tas d'or et un baguette magique"

"Dans cet ordre ?"

Arnold haussa les épaules et repartit.

Derrière le lutin fit quelques passes dans l'air et envoya ses mains en direction d'Arnold.

"Ca va comme ça ?" demanda le lutin à Arnold

"Quoi ?" Demanda Arnold, en s'arrêtant et se retournant vers le lutin.

"Ca va comme ça" lui demanda à nouveau le lutin en montrant le bord de la route

Arnold regarda et vit un demi de bière, un tas d'or et une baguette.

"J'arrête de boire, c'est juré"

Le lutin s'étrangla de rire... "Mais, tu n'as même pas  bu ! "

"Si, et je ne m'en rappelle plus tellement j'ai bu"

Le lutin était écroulé par terre tellement il riait, il en pleurait même et cela énerva Arnold. La bière, l'or et la baguette disparurent tout aussi soudainement qu'ils étaient apparus et Arnold ne releva même pas ce faiT;

"Pourquoi est-ce que quand tout est simple, vous compliquez tout, vous les humains ?"

"Parce que rien n'est simple en fait."

"Je ne t'ai pas demandé où tu allais d'ailleurs ?" renchérit le lutin

"Partout où je pourrais être tranquille et seul, sans personne pour me pourrir la vie, PAS MEME UN LUTIN" répondit Arnold, ce qui suscita derechef l'hilarité du lutin.

"Alors toi, tu voudrais quoi ? La fortune et le pouvoir, la sérénité et la solitude, l'amour et le partage ?"

"L'amour n'est pas pour moi, le pouvoir ruine la vie. Reste la sérénité et la solitude" répondit à voix basse Arnold.

"Wow, tu es mal embarqué pour la sérénité à ce que je peux voir. J'en déduis que la solitude n'est pas trop ce qui te conviendrait. Et si on essayait...." Le lutin bougea à nouveau ses mains. Dans le lointain, une voiture arrivait. Arnold leva son pouce. La voiture s'arrêta. Il ouvrit la porte, une conductrice, lunettes de soleil de star, boucles brunes encadrant un visage souriant le regardait.

"Bonjour, vous allez où ?"

"droit devant, jusqu'où vous pourrez m'emmener"

"Alors là, c'est pas compliqué. Je vais au village d'Ellisfinish à 150 km au Nord, ça vous va ?"

"Allons-y" Arnold regardait autour de lui, le lutin avait disparu.

Ils parlèrent en chemin, elle s'appelait Maeve et retournait dans son village de naissance pour y enterrer sa grand-mère et s'installer puisque sa grand-mère lui avait légué sa  maison et un petit commerce. Elle commençait une nouvelle vie.

Lorsqu'ils arrivèrent, le soleil se couchait et Maeve proposa à Arnold de venir dormir, en tout bien, tout honneur, dans la maison avant de reprendre la route le lendemain.

Ils parlèrent une bonne partie de la nuit. Le lendemain, Ils prirent leur petit déjeuner ensemble et firent le tour du propriétaire car Maeve avait demandé à Arnold, avant qu'il ne parte, de faire le tour du propriétaire pour lui dire ce qui fallait faire dans la maison. Arnold était un bricoleur-né et il savait se débrouiller avec n'importe quoi. Il accepta de rester et de faire quelques travaux pour Maeve.

De fil en aiguille, ils s'attachèrent l'un à l'autre et Arnold finit par faire sa vie avec Maeve, ils eurent une petite fille, puis sa petite soeur et enfin un petit frère. L'ainée était brune comme un demi de bière, la petite soeur blonde comme un tas d'or et le garçonnet sombre comme une baguette de coudrier.

A l'oreille d'Arnold, une petite voix retentit : "c'est aussi simple que ça humain" un rire argentin suivit. Le lutin n'était pas loin.

"Grâce à toi, j'ai accompli ma mission. Pour te remercier, je mets une protection sur ta famille, vous ne serez jamais dans le besoin et vous vous aimerez jusqu'à la fin des temps. Adieu"

Effectivement, le lutin fit ce qu'il avait dit. Et chaque année au moment du solstice d'hiver, où traditionnellement le petit peuple change d'hémisphère, Arnold et toute la famille mettait un point d'honneur à poser devant la porte, un verre de lait et des biscuits pour le voyage du lutin. Au matin, un présent était posé sur l'assiette. Tantôt, une fleur aux couleurs magnifiques qui ne fanait pas ; un morceau d'arc-en-ciel, de la poussière d'étoiles...".

Il en est ainsi dans les rencontres entre humains et lutins. Quand tout se passe bien, une amitié naît et ne se fane jamais. Mais si par contre, vous fachez le lutin... Gare à vous ! Mais c'est une autre histoire que je vous raconterai peut-être un jour."

A demain

La Rêveuse