Tourterelles

Bonjour,

 

Nulle part je n'ai écrit que ces contes seraient tous pour des enfants. Voici aujourd'hui une histoire écrite il y a quelques années. C'est un conte noir ...

 

"Les Tourterelles

 

Ce matin, j’ai vu six tourterelles perchées sur un tilleul,

Je n’y ai pas prêté beaucoup attention, j’avais beaucoup de choses à faire et je les ai oubliées. Mais les tourterelles, elles, sont restées sur leur fil… En face de la fenêtre… à regarder méchamment dans la direction de la maison… de la pièce où j’évoluais.

«    -     C’est elle ?

-        Oui, elle est lourde, n’est-ce pas ?

-        Mais tous les humains sont lourds. Imagine les ailes qu’il faudrait pour qu’il puisse voler

-        N’y pense même pas. Les humains, c’est du style volatile, ils sont de la race des dindes, pas de nous autres…

-        Et en plus elle est d’un négligé…

-        Oui, depuis la mort de son mari »

Et les six tourterelles se mirent à rire comme s’il s’agissait d’une très bonne blague.

Amélie leva la tête soudain, ils étaient bien bruyants ces oiseaux ! En regardant machinalement, elle avait accroché le regard d’une des tourterelles et elle frémit. Arrête, se dit-elle, ce ne sont que des tourterelles, et elle secoua ses épaules.

«   - Flûte, elle a failli y regarder de plus près.

-        Pffff…  destresse ma poule, nous ne sommes QUE des tourterelles après tout »

Les autres oiseaux ricanèrent

«-  Bon, c’est quoi la suite des opérations ?

-        Est-ce que nous pouvons faire la même chose pour elle que pour son mari ?

-        Pas possible, elle ne conduit pas

-        Bon, on va donc envisager autre chose

-        Quoi ???

-        Attend, je réfléchis »

Sur leur fil, les tourterelles roucoulaient bêtement, sur un rythme lancinant. Amélie se souvient tout d’un coup que Clément ne supportait pas ce son monotone, constant. Il devenait fou… Elle commençait à le comprendre.

« - Eh, elle a l’air nerveuse…. Elle n’aime pas nos « roucoulades », bien, bien ; excellent ! 

-        Alors, on continue ?

-        Oui, on va voir combien de temps elle tient »

Amélie décida de fermer la fenêtre pour ne plus entendre les tourterelles. Mais plus elle essayait de les ignorer et plus les roucoulades des oiseaux perçaient les vitres. Et cela ramenait Amélie avant la mort de Clément. Un bête accident de la route. Il était sorti de la route, on ne savait pas pourquoi et s’était encastré dans un poteau téléphonique.

Les tourterelles poursuivirent leur offensive durant les jours qui suivirent. Où qu’elle aille, Amélie en trouvait au moins une qui roucoulait sous sa fenêtre. Lorsqu’elle en parlait autour d’elle, les gens la regardait bizarrement ou lui tapait sur l’épaule d’un air compatissant, elle sortait à peine d’un deuil pénible après tout.

Elle finit par ne plus sortir de chez elle, ne plus répondre au téléphone. Une nuit, il y a eut un orage terrible et une fenêtre s’ouvrit en grand. Amélie hurla, soudain, six  flèches blanches jaillirent dans la pièce en direction d’Amélie. Hélas…. Le manque de sommeil, la perte de son mari… l’isolement … tout cela rendit Amélie hystérique. Elle sortit en trombe de chez elle et se fit renverser par une voiture qui essayait de trouver sa route sous les trombes d’eau.

Le chauffeur appela une ambulance et après une longue opération, Amélie fut enfin sortie d’affaire.

Elle ouvrit les yeux par un beau matin printanier. Une infirmière était en train de noter des renseignements sur la fiche d’Amélie.

« Bienvenue dans le monde des vivants. Vous êtes sortie d’affaire. »

Amélie sourit faiblement. L’infirmière sortit de la chambre. Pour faire rentrer la douceur dans la chambre, elle avait laissé la fenêtre ouverte. Amélie tourna la tête.

Sur le fil téléphonique, six tourterelles étaient perchées…"

 

A demain

La Rêveuse